Fumigènes et bombes insecticides contre les punaises de lit
C'est le premier réflexe de presque tout le monde, c'est vendu en rayon à côté des insecticides ménagers, et c'est l'une des rares méthodes dont on peut dire qu'elle laisse la situation pire qu'avant.
En bref
Ils ne fonctionnent pas. Exposées deux heures directement au brouillard de trois fumigènes du commerce, des punaises de terrain n'ont montré que peu ou pas d'effet (Jones et Bryant, 2012) ; un simple tissu suffisait à protéger une souche pourtant sensible. Pire, l'effet répulsif disperse l'infestation vers les cloisons et les logements voisins.
Ce qu'a montré l'essai de référence
En 2012, Susan Jones et Joshua Bryant, de l'université d'État de l'Ohio, ont publié dans le Journal of Economic Entomology un essai d'une simplicité brutale : exposer des punaises de lit collectées sur le terrain, directement, pendant deux heures, au brouillard de trois fumigènes du commerce.
Le second résultat est le plus parlant. Même la souche témoin, élevée en laboratoire et sensible aux pyréthrinoïdes — donc théoriquement facile à tuer — a survécu dès lors qu'elle était recouverte d'une simple épaisseur de tissu. Autrement dit, la méthode échoue non seulement à cause des résistances, mais dans son principe même : le brouillard ne va pas là où l'insecte se trouve.
Les trois raisons de l'échec
- La géométrie. Une punaise de lit passe plus de vingt-deux heures par jour immobile dans une fente d'un à deux millimètres : couture de matelas, vis de sommier, arrière de plinthe, cadre de tableau. Un aérosol se dépose sur les surfaces ouvertes. Les deux domaines ne se recoupent presque pas.
- La résistance. La matière active de la quasi-totalité de ces produits appartient à la famille des pyréthrinoïdes, à laquelle les populations de punaises de lit ont développé des résistances étendues. Le dosage grand public, très inférieur au dosage professionnel, ne compense rien.
- L'absence d'effet sur les œufs. Même dans l'hypothèse où le brouillard tuerait tous les adultes exposés, les œufs — protégés par leur coque et collés au fond des interstices — écloraient une à deux semaines plus tard. Aucun fumigène grand public n'est ovicide.
Comment la méthode aggrave le problème
C'est le point que les emballages ne mentionnent pas et qui justifie à lui seul de déconseiller la méthode plutôt que de la juger simplement inutile.
Les pyréthrinoïdes sont répulsifs. Une dose insuffisante pour tuer reste largement suffisante pour faire fuir. Les punaises quittent alors la zone traitée et se redistribuent : vers les cloisons, sous les plinthes, dans les gaines électriques, et en immeuble vers les logements mitoyens.
Un foyer concentré autour du lit — la configuration la plus simple à traiter — devient une infestation diffuse répartie dans toute la pièce, parfois dans tout l'appartement. Le traitement qui suivra sera plus long, plus cher, et le professionnel héritera d'un problème que le fumigène a lui-même créé.
Les risques pour les occupants
- Incendie et explosion. Les propulseurs employés dans ces aérosols sont des hydrocarbures inflammables. Une veilleuse de chaudière, un four, un thermostat, une flamme pilote suffisent. C'est un accident domestique documenté, et la raison pour laquelle les notices imposent de couper toute source d'ignition — consigne que la plupart des utilisateurs découvrent après.
- Résidus persistants. Le dépôt reste des semaines sur les plans de travail, la table, le sol où jouent les enfants. C'est exactement ce qu'ont mesuré les prélèvements de l'étude de 2019 : peu d'effet sur les insectes, beaucoup de dépôt sur les surfaces de vie.
- Cumul. L'échec appelle la répétition. Deux, trois, cinq fumigènes successifs : l'exposition s'additionne alors que le résultat, lui, reste nul.
Le produit interdit qui circule encore
La déception que provoquent les fumigènes conduit une partie des occupants à chercher « plus fort », et cette recherche mène régulièrement à un produit précis, vendu en ligne ou de la main à la main.
Le Sniper 1000 EC DDVP contient du dichlorvos, un organophosphoré. Sa commercialisation est interdite en France depuis 2013. Il continue pourtant de circuler, présenté comme la solution radicale contre les punaises de lit.
Ce qui marche à la place
Le point commun de toutes les méthodes qui fonctionnent est qu'elles atteignent physiquement l'insecte dans sa cachette, au lieu d'espérer qu'il vienne au contact d'un dépôt.
- Vapeur sèche à plus de 120 °C en sortie de buse, passée lentement et au contact : elle tue adultes et œufs sur la surface traitée.
- Lavage à 60 °C et sèche-linge chaud pour tout le textile ; congélation à −18 °C pendant 72 heures pour ce qui ne se lave pas.
- Aspiration méthodique des interstices, sac jeté immédiatement dans un sac fermé, à l'extérieur.
- Housses hermétiques sur matelas et sommier, laissées en place au moins un an.
- Une méthode ovicide — chaleur de pièce ou traitement professionnel — car sans elle, tout recommence à l'éclosion.
Aucune de ces méthodes ne disperse les insectes. C'est leur second mérite, et il compte autant que le premier.
Questions fréquentes
Les fumigènes et bombes insecticides tuent-ils les punaises de lit ?
Non, ou si peu que cela ne change rien à une infestation. Jones et Bryant ont exposé des punaises collectées sur le terrain pendant deux heures directement au brouillard de trois fumigènes du commerce : elles n'ont montré que peu ou pas d'effet. Même une souche de laboratoire sensible aux pyréthrinoïdes a survécu dès lors qu'elle était couverte d'une simple épaisseur de tissu. Or une punaise vit précisément sous un tissu, dans une couture ou une fente.
Pourquoi un fumigène ne fonctionne-t-il pas alors qu'il remplit toute la pièce ?
Parce que le brouillard se dépose sur les surfaces dégagées, pas dans les cachettes. Les punaises passent plus de vingt-deux heures par jour à l'abri, dans des interstices d'un à deux millimètres où l'aérosol ne pénètre pas. À cela s'ajoute la résistance très répandue aux pyréthrinoïdes, qui sont la matière active de la quasi-totalité de ces produits.
Un fumigène peut-il aggraver la situation ?
Oui, de deux façons. L'effet répulsif des pyréthrinoïdes disperse les insectes : ils quittent la zone traitée pour les cloisons, les plinthes et les logements voisins, ce qui transforme un foyer localisé en infestation diffuse, plus longue et plus chère à traiter. Ensuite, une pièce imprégnée d'insecticide se traite mal ensuite : le professionnel qui prend le relais hérite d'une population dispersée et sélectionnée.
Y a-t-il un danger à utiliser un fumigène chez soi ?
Deux risques concrets. Le premier est l'incendie ou l'explosion : les propulseurs hydrocarbonés sont inflammables et une veilleuse de chaudière, un four ou une flamme pilote suffisent à provoquer un accident. Le second est l'exposition : le dépôt insecticide reste des semaines sur les surfaces où l'on mange, dort et où les enfants jouent.
Que faire à la place d'un fumigène ?
Ce qui atteint physiquement les punaises là où elles sont : vapeur sèche à plus de 120 °C au contact lent, lavage à 60 °C et sèche-linge, aspiration méthodique des interstices, housses de matelas hermétiques, et une méthode qui tue les œufs — chaleur ou traitement professionnel. Ces gestes ne dispersent pas les insectes, contrairement à l'aérosol.
Sources
- Ineffectiveness of Over-the-Counter Total-Release Foggers Against the Bed Bug — Journal of Economic Entomology, 105(3), p. 957-963 (Jones & Bryant, Ohio State University) , 2012
- Exposure risks and ineffectiveness of total release foggers (TRFs) used for cockroach control in residential settings — BMC Public Health (DeVries, Santangelo, Crissman, Mick & Schal) , 2019
- Arrêtez d'utiliser ce produit contre les punaises de lit, interdit depuis 2013 — Préfecture de l'Essonne — services de l'État